Le ticket d’entrée annoncé à 29 € HT par mois cache rarement la facture finale. Entre forfaits d’appel, options pourtant indispensables et seuils de chiffre d’affaires qui font basculer dans la formule supérieure, le prix réel d’un expert-comptable en ligne se situe presque toujours 30 à 60 % au-dessus du tarif vitrine. Avant de signer, voici les fourchettes vérifiées par profil, les postes facturés en plus et les pièges qui reviennent le plus souvent.

Le tarif de base par profil : entre 29 € et 120 € HT par mois
Les prix d’appel varient fortement selon la forme juridique. Compter 29 € HT par mois pour une SCI ou un LMNP, autour de 49 € HT pour une entreprise individuelle au BNC ou une profession libérale, et 79 à 99 € HT pour une SASU, SAS ou SARL soumise à la TVA. Au-delà, les forfaits « premium » avec accompagnement renforcé grimpent jusqu’à 250 € HT par mois.
Sur l’année, cela donne en moyenne 875 € HT pour un expert-comptable 100 % en ligne, contre environ 1 700 € HT pour un cabinet de proximité équivalent. L’écart de 30 à 50 % s’explique par l’automatisation poussée (synchronisation bancaire, catégorisation des écritures par IA) et l’absence de locaux d’accueil clients. Pour un freelance en SASU, comptez 80 à 120 € HT par mois en ligne contre 150 à 250 € en cabinet physique.
Attention aux paliers de chiffre d’affaires. La plupart des cabinets bloquent leur tarif d’appel sous un seuil souvent fixé à 100 000 € de CA annuel ou un nombre de pièces comptables (généralement 100 à 200 par mois). Au-delà, l’abonnement bascule automatiquement dans la tranche supérieure, avec une hausse fréquente de 30 à 50 € par mois.

Les options qui peuvent doubler la facture
Le forfait de base couvre la tenue comptable, les déclarations de TVA, le bilan annuel et l’accès au logiciel. Tout le reste se paie. Et la liste est longue.
La gestion de la paie sort presque systématiquement du forfait : 25 à 40 € HT par mois et par bulletin. Pour une SASU avec un président rémunéré, cela représente 300 à 480 € de plus par an. Le juridique annuel (PV d’assemblée générale, dépôt des comptes au greffe) coûte généralement 150 à 300 € HT. La création d’entreprise est facturée 150 à 490 € HT en plus des frais de greffe et d’annonce légale (250 à 350 €).
D’autres postes méritent d’être vérifiés ligne par ligne dans le devis : la déclaration d’impôt sur le revenu du dirigeant (100 à 300 € HT), le bilan intermédiaire de mi-exercice, le prévisionnel certifié pour une demande de prêt (200 à 500 €), la gestion de la TVA intracommunautaire ou de la facturation OSS/IOSS pour le e-commerce, et le rendez-vous de fin d’exercice avec conseil d’optimisation fiscale.
Une formule low-cost à 49 € HT par mois peut donc atteindre 110 à 130 € HT par mois réels une fois ajoutées les options indispensables. Comparer uniquement sur le tarif d’appel revient à comparer des produits qui ne contiennent pas la même chose.
Les pièges qui reviennent le plus souvent
Le premier mois offert ou les « deux mois gratuits » masquent souvent un tarif normal annoncé en HT et hors options. La méthode fiable consiste à demander le prix TTC tout-compris pour une année complète, calculé sur l’activité réelle prévue.
Le comptable dédié promis à la souscription se révèle parfois être une équipe tournante. Plusieurs interlocuteurs traitent le dossier, ce qui oblige à réexpliquer le contexte à chaque échange. Pour les profils complexes (forte croissance, opérations exceptionnelles, cession), c’est un vrai frein. Si la stabilité du suivi compte plus que le prix, viser un cabinet hybride à 100-130 € par mois plutôt qu’une plateforme 100 % digitale à 49 €.
La période fiscale (mars à juin) provoque une baisse notable de réactivité. Les délais de réponse passent de quelques heures à 5-7 jours, et les rendez-vous téléphoniques se planifient 2 à 3 semaines à l’avance. Anticiper les questions importantes en dehors de cette fenêtre évite de bloquer un dossier urgent.
Certaines activités restent mal couvertes par les offres en ligne : commerçants avec encaissements espèces, restaurateurs, marchands de biens, holdings avec opérations financières complexes. Pour ces profils, un cabinet traditionnel à 150-200 € par mois reste plus adapté qu’une formule en ligne à 79 € qui exclura la moitié des opérations.
Comment choisir le bon forfait selon votre profil
Un freelance prestataire de services en SASU avec moins de 80 000 € de CA annuel et sans salarié trouve son équilibre entre 79 et 99 € HT par mois. Au-delà de ce CA, la proactivité du conseil devient déterminante. Viser plutôt les offres à 119-150 € incluant rendez-vous trimestriels et optimisation fiscale, sous peine de payer trop d’impôts faute d’arbitrages réalisés à temps.
Pour une micro-entreprise, l’expert-comptable n’est pas obligatoire et représente rarement un bon investissement sous 30 000 € de CA. Un simple logiciel à 10-20 € par mois suffit pour le livre des recettes et la déclaration de TVA si elle s’applique. Le passage à une vraie expertise comptable se justifie au moment de basculer en société (SASU, EURL).
Pour une SCI familiale ou un investisseur LMNP avec 1 à 5 biens, les forfaits à 29-49 € HT par mois suffisent largement. La complexité augmente surtout avec le passage au régime réel et la gestion des amortissements.
Pour une société avec salariés ou plusieurs associés, ne pas descendre sous 130 € HT par mois tout compris. Les forfaits trop bas ne tiennent pas la charge de travail réelle, ce qui se traduit par des erreurs ou un manque de suivi qui coûtent cher en redressement.

Trois leviers pour réduire durablement la facture
Les honoraires sont libres et donc négociables, surtout la première année. Beaucoup de cabinets accordent 1 à 3 mois offerts ou un tarif réduit de 20 à 30 % sur les 6 premiers mois. Le réflexe à avoir : vérifier le prix exact de la deuxième année, qui revient au tarif catalogue.
Trois actions permettent de baisser le coût réel sans rogner sur la qualité. Organiser ses justificatifs en amont (moins de tri à faire pour le comptable, donc moins de temps facturé), activer la synchronisation bancaire automatique (qui peut faire gagner 10 à 20 € par mois sur certains forfaits modulables), et ne souscrire qu’aux options réellement utiles. Prendre un pack « tout-en-un » à 150 € sans avoir ni salarié ni TVA mensuelle revient à payer pour des prestations inutilisées.
Dernier réflexe utile : profiter des essais gratuits de 30 jours proposés par la majorité des acteurs pour tester la réactivité du support. Si la première réponse arrive après 48 heures et que personne ne décroche au téléphone, le tarif d’appel ne compense pas le manque de service.
Foire aux questions
Le bilan annuel est-il toujours inclus dans le forfait mensuel ? Oui chez les acteurs sérieux inscrits à l’Ordre des experts-comptables. Si un cabinet facture le bilan en supplément (au-delà de 200 à 300 €), c’est un signal d’alerte. Un forfait annoncé à 49 € par mois sans bilan inclus revient en réalité à 70-80 € par mois en équivalent annuel.
Peut-on changer d’expert-comptable en cours d’année ? Oui. La plupart des cabinets en ligne fonctionnent sans engagement et la résiliation prend effet sous 24 à 72 heures. Le nouveau cabinet récupère gratuitement les données via la lettre déontologique. Le seul vrai coût est le temps de réintégration de l’historique, généralement absorbé par le cabinet entrant.
Pourquoi certains cabinets affichent-ils des tarifs à 24 € HT par mois ? Ces tarifs ultra-bas concernent des micro-structures ou des profils très simples (SCI sans TVA, LMNP avec un seul bien). Ils excluent presque toujours le bilan certifié, le conseil illimité ou la déclaration fiscale. Le coût annuel réel se situe plutôt entre 600 et 900 € une fois les prestations indispensables ajoutées.
