Mi-temps thérapeutique : la perte de salaire commence à 3 100 € bruts, pas avant
Un technicien de maintenance payé 3 600 € bruts reprend à mi-temps thérapeutique après quatre mois d’arrêt. Son employeur lui annonce 1 800 € bruts de salaire, la caisse lui promet des indemnités journalières. À la fin du premier mois, il encaisse 2 607 € au lieu de 2 808 €. Deux cents euros manquent, et personne dans l’entreprise ne sait dire d’où vient le trou. La réponse tient dans deux plafonds et un taux de prélèvement.
Ce que la Sécurité sociale verse réellement pendant un mi-temps thérapeutique
Le temps partiel thérapeutique ne fonctionne pas comme un temps partiel ordinaire. L’employeur paie les heures effectivement travaillées. La caisse primaire verse une indemnité journalière censée compenser le reste, mais elle ne comble pas la différence à l’euro près : l’article R323-3 du code de la sécurité sociale la calcule comme une indemnité d’arrêt maladie classique, puis la limite à la perte de gain journalière liée à la réduction d’activité.
Cette indemnité de base vaut 50 % du salaire journalier de base, obtenu en divisant les trois derniers salaires bruts par 91,25. Le salaire retenu est écrêté à 1,4 SMIC, soit 2 613,82 € bruts par mois en 2026. Conséquence directe : l’indemnité journalière maladie ne dépasse jamais 42,97 € bruts par jour pour un arrêt prescrit depuis le 1er juillet 2026. Un salaire de 3 000 € et un salaire de 6 000 € produisent exactement la même indemnité.
Deux règles s’ajoutent, rarement expliquées. Le cumul du salaire à temps partiel et des indemnités ne peut pas dépasser le salaire perçu avant l’arrêt, la caisse écrête d’office au-delà. Et l’indemnité de temps partiel thérapeutique est bloquée au montant de la dernière indemnité versée pendant l’arrêt à temps complet. Un salarié dont les trois mois de référence excluaient les primes traîne donc ce plancher bas pendant toute la reprise.
Bonne nouvelle sur un point : aucun délai de carence ne s’applique à la reprise. L’article L323-3 écarte expressément le délai de trois jours prévu pour les arrêts ordinaires. Le versement démarre au premier jour du temps partiel.
Le calcul complet, du brut antérieur au net encaissé
Le technicien de l’exemple gagne 3 600 € bruts, son entreprise ne prévoit aucun maintien de salaire, et la reprise se fait à 50 % du temps.

Son net avant impôt tournait autour de 2 808 €, soit environ 78 % du brut après cotisations salariales. À mi-temps, l’employeur verse 1 800 € bruts, ce qui donne 1 404 € nets. Côté caisse, le salaire de référence est écrêté à 2 613,82 €, donc l’indemnité tombe à 42,97 € par jour. Sur un mois de 30 jours, cela fait 1 289,10 € bruts.
Ces indemnités subissent la CSG à 6,20 % et la CRDS à 0,50 %, appliquées sur 100 % du montant brut, sans l’abattement de 1,75 % dont bénéficient les salaires. Il reste 1 202,73 € nets. Total encaissé : 2 606,73 €, contre 2 808 € auparavant. La perte s’élève à 201 € par mois, soit 7,2 %, et à 1 208 € sur six mois de reprise.
Détail qui déroute presque tout le monde : l’indemnité se compte en jours calendaires. Un mois de 31 jours rapporte 1 332,07 € bruts, février seulement 1 203,16 €. Près de 129 € d’écart entre deux mois consécutifs, sans que rien n’ait changé dans le contrat.
Pourquoi la perte n’apparaît qu’au-dessus de 3 100 € bruts
Le paradoxe du dispositif tient au traitement social des indemnités. Un salaire perd environ 22 % en cotisations, une indemnité journalière seulement 6,70 %. La moitié de salaire remplacée par des indemnités revient donc plus cher au budget de la Sécurité sociale qu’au salarié.
Résultat, sous le plafond, la compensation est presque parfaite. À 2 800 € bruts, le calcul aboutit même à un léger dépassement du net antérieur, que la caisse rabote pour respecter la règle de non-cumul. La perte réelle n’apparaît qu’à partir d’environ 3 100 € bruts mensuels à 50 % de temps travaillé, quand la moitié du salaire perdu dépasse le plafond des indemnités. Au-delà, elle progresse de 39 € par tranche de 100 € de brut. À 5 000 € bruts, le manque atteint 747 € par mois, soit 19 % du net.
Le taux d’activité change alors tout. Toujours à 5 000 € bruts, un temps partiel à 70 % ramène la perte à zéro : la perte de gain déclarée redescend sous le plafond et l’indemnité redevient proportionnelle. Chaque tranche de 10 % de temps travaillé récupérée vaut environ 390 € nets par mois à ce niveau de salaire.
Un cas échappe à cette arithmétique : l’arrêt d’origine professionnelle. Les indemnités y sont plafonnées à 240,49 € par jour, puis 320,66 € à partir du 29e jour, contre 42,97 € en maladie ordinaire. La qualification de l’événement initial pèse donc bien plus que le pourcentage négocié, ce qui justifie de vérifier s’il est possible de transformer un arrêt maladie en accident du travail avant la reprise.
Deux salariés identiques, 2 400 € d’écart sur l’année
Second technicien, même métier, même salaire de 3 600 € bruts, même mi-temps. Son entreprise applique un accord qui maintient le net à 100 % pendant le temps partiel thérapeutique. L’employeur verse le salaire complet, encaisse les indemnités par subrogation et absorbe la différence. Ce salarié perçoit 2 808 €, sans perte.
L’écart entre les deux : 201 € par mois, 2 415 € sur douze mois. Pour un travail identique, dans la même situation médicale. Le maintien conventionnel explique l’essentiel des différences constatées d’un salarié à l’autre, bien avant le niveau de salaire ou la durée de l’arrêt.
Le maintien légal du code du travail, prévu par l’article L1226-1 à partir d’un an d’ancienneté, vise l’absence pour maladie, pas la reprise à temps partiel. En pratique, le complément dépend donc de trois documents : la convention collective de branche, un éventuel accord d’entreprise, et le contrat de prévoyance souscrit par l’employeur. Ces textes se lisent avant de fixer la date de reprise, pas après le premier bulletin.
Les pertes qui n’apparaissent sur aucun bulletin
Le manque à gagner ne se limite pas à la ligne de paie. Quatre postes creusent l’écart sans jamais s’afficher.

La retraite. Les périodes indemnisées valident bien des trimestres, à raison d’un trimestre tous les 60 jours d’indemnisation dans la limite de quatre par année civile. Mais aucun salaire n’est reporté au relevé de carrière pour ces périodes. Si l’année de temps partiel figure parmi les 25 meilleures, le salaire annuel moyen baisse et la pension avec.
Les primes et majorations. Les indemnités se calculent sur le salaire brut des trois mois précédant l’arrêt. Tout ce qui rémunère une contrainte disparue avec la réduction d’horaire s’évapore sans compensation : majorations de nuit, primes de panier, heures supplémentaires. Un salarié posté qui passe du rythme continu à des journées classiques mesure vite ce que coûtent vraiment les jours de repos d’un cycle en 5×8.
Les congés payés. L’article L3141-3 du code du travail accorde 2,5 jours ouvrables par mois de travail effectif, sans proratisation liée à la durée du travail. Le nombre de jours acquis ne bouge donc pas. En revanche, l’indemnité versée au moment de la prise suit le salaire réduit, ce qui déplace la perte sur les mois de congés.
La trésorerie. Rien ne part de la caisse tant que l’employeur n’a pas transmis l’attestation de salaire du mois écoulé, avec le salaire brut réellement perçu et le salaire brut perdu. Une attestation envoyée avec la paie du mois suivant décale le versement de quatre à huit semaines. Le premier mois de reprise se solde souvent par un seul salaire à mi-temps sur le compte, sans aucune indemnité.
Cinq leviers pour réduire la facture
Le taux d’activité est le premier levier, et de loin. Au-dessus de 2 613,82 € bruts mensuels, chaque point de temps travaillé récupéré rapporte plus que l’indemnité qu’il fait perdre. La discussion avec le médecin porte sur la compatibilité médicale, celle avec l’employeur sur l’organisation, mais le chiffrage se prépare avant les deux.
Le salaire de référence mérite une vérification ligne à ligne. Si les trois mois précédant l’arrêt étaient déjà amputés, une régularisation reste possible auprès de la caisse. Une prime annuelle versée le mois d’avant change le calcul pour toute la durée du dispositif.
La prévoyance couvre parfois ce que la convention collective ignore. Le contrat se demande au service paie. Sa lecture révèle aussi comment les garanties tiennent si l’entreprise traverse une procédure collective, situation dans laquelle il faut savoir sauver ses droits quand l’entreprise dépose le bilan pendant un arrêt maladie.
L’attestation mensuelle se verrouille dès la première semaine. Une date d’envoi fixée avec le service paie, et la subrogation quand elle est possible, suppriment le décalage de trésorerie le plus courant.
Le prélèvement à la source, enfin, continue de s’appliquer au taux calculé sur les revenus antérieurs. Les indemnités journalières maladie restent imposables. Une mise à jour du taux dès le premier mois évite d’avancer plusieurs centaines d’euros au fisc pendant toute la reprise.
La perte de salaire en mi-temps thérapeutique n’est ni fatale ni uniforme. Elle se calcule à l’avance, en trois nombres : le brut mensuel, le taux d’activité envisagé et la présence ou non d’un maintien conventionnel. Ce calcul posé avant la reprise vaut mieux que la découverte du premier bulletin. La question de la durée maximale et du renouvellement du dispositif se traite séparément, une fois le chiffrage établi.
Sources officielles
- Article L323-3 du code de la sécurité sociale : conditions du temps partiel thérapeutique et non-application du délai de carence à la reprise.
- Article R323-3 du code de la sécurité sociale : indemnité journalière limitée à la perte de gain journalière liée à la réduction d’activité.
- Arrêt maladie : indemnités journalières versées au salarié : calcul à 50 % du salaire journalier de base, plafond de 1,4 SMIC et complément employeur des articles L1226-1 et D1226-1.
- Montants maximum des indemnités journalières : 42,97 € par jour en maladie, 240,49 € puis 320,66 € en accident du travail.
- Le Smic et le plafond de calcul des indemnités journalières : plafond de 1,4 SMIC, soit 2 613,83 € bruts mensuels en 2026.
- Formalités en cas de reprise à temps partiel pour motif thérapeutique : attestation de salaire à chaque mois échu, salaire perçu et salaire perdu.
- CSG et CRDS sur les revenus d’activité et de remplacement : 6,20 % et 0,50 % sur 100 % des indemnités journalières brutes.
- Article L3141-3 du code du travail : 2,5 jours ouvrables de congés par mois de travail effectif.
- Durée d’assurance retraite des salariés du privé : un trimestre validé par période d’indemnisation de 60 jours, dans la limite de quatre par année civile.


